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danyange74

Pseudo: riviéreCatégorie: PolitiqueFais tourner ce blog!
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Dimanche 07 Janvier 2007
 

Quatrième est dernière parties : de réforme de nos institutions .....



M. Chirac à nouveau menacé par une enquête sur la Ville de Paris

Les entrevues ont été furtives, leur teneur reste confidentielle. Au cours du mois de septembre, Laurent Le Mesle, conseiller technique du chef de l'Etat pour les questions de justice, a successivement reçu, à l'Elysée, trois anciens collaborateurs de Jacques Chirac à la Mairie de Paris, quelques jours avant qu'ils répondent à leur convocation par la police judiciaire. Respectivement anciens directeurs adjoints et ancien directeur du cabinet de M. Chirac, Daniel Naftalski, Anne Cuillé et Rémy Chardon ont, de fait, été placés en garde à vue, ces dernières semaines, dans le cours de l'enquête sur les "chargés de mission"de la capitale, entre 1983 et 1998.

Aucun d'entre eux – pas plus que M. Le Mesle – n'a souhaité répondre aux questions du Monde sur le contenu de ces entretiens. Tout au plus Mme Cuillé a-t-elle assuré, lundi 7 octobre, que sa visite à l'Elysée n'avait "pas de rapport" avec le rendez-vous policier qui s'annonçait – et qui en suivait bien d'autres : depuis le début de l'année, nombre de proches conseillers du président de la République ont discrètement défilé à Nanterre (Hauts-de-Seine), au siège de la division nationale des investigations financières (DNIF). Le 25 septembre, la série s'est prolongée avec la garde à vue de l'ancien ministre (RPR) Michel Roussin, une nouvelle fois interrogé au titre de ses anciennes fonctions auprès de M. Chirac, dont il dirigea le cabinet à l'Hôtel de Ville de Paris de 1989 à 1993.

Actuelle chef du cabinet présidentiel, Annie Lhéritier, chargée de longue date d'entretenir les réseaux de M. Chirac en Corrèze, a elle aussi été questionnée, la semaine dernière, par la juge chargée de cette enquête, Colette Bismuth-Sauron. Au mois de janvier, Mme Lhéritier avait refusé de déférer à une convocation de la police, réclamant, dans une lettre adressée à la magistrate, le report de son audition après l'élection présidentielle (Le Monde du 10 avril).

Ainsi, derrière les silences et démentis convenus, l'inquiétude de l'Elysée face au retour des "affaires" et la vigilance qu'elle suscite apparaissent dans leur netteté. Cinq mois après la réélection de M. Chirac, un an après l'arrêt de la Cour de cassation affirmant l'immunité du chef de l'Etat tant qu'il exerce ses fonctions, l'entourage du président redoute désormais sa mise en cause directe dans une nouvelle enquête, après celles portant sur le financement du RPR, les HLM de Paris et les voyages payés en argent liquide. En vertu de la jurisprudence établie par la Cour de cassation, M. Chirac, ne peut, certes, être questionné ni a fortiori poursuivi sur des faits qui lui seraient reprochés – ce qui a conduit les magistrats chargés des enquêtes précédentes à se déclarer "incompétents" sur son cas. Mais tant que cette limite n'est pas atteinte, rien n'interdit à un juge de mener ses investigations jusqu'au plus près du chef de l'Etat.

Or le dossier des "chargés de mission" de la Mairie de Paris, ouvert en décembre 1998 pour "faux en écritures publiques et détournement de fonds publics ", ouvre plusieurs pistes qui mènent droit à l'ancien maire. Outre le fait que les titulaires des contrats litigieux – dont il est établi que certains n'ont jamais travaillé pour la Ville de Paris alors qu'ils en percevaient des salaires – lui étaient administrativement attachés, les recherches policières ont mis en évidence que ces "détachements" informels de personnels ont profité à des élus du RPR, à des associations à dominante gaulliste – ainsi notamment qu'au Centre national des indépendants (CNI), petit parti de droite qui s'allia successivement avec le Front national et le RPR.

UN ENTOURAGE INQUIET

S'il ne semble avoir signé lui-même qu'un seul des contrats contestés, M. Chirac a par ailleurs été désigné par plusieurs des "chargés de mission" interrogés comme ayant été à l'origine de leur recrutement. Après la découverte du paiement par le Ville de Paris de son garde du corps, le secrétaire général de Force ouvrière (FO), Marc Blondel, a indiqué aux policiers, le 6 février 2002, que celui-ci avait été pris en charge sur les fonds municipaux "à la suite d'un entretien qu'[il] avait eu avec le maire de Paris" . Une semaine plus tôt, alors que M. Chirac préparait sa candidature présidentielle, l'inquiétude avait saisi son entourage, lorsque le principal collaborateur de Bernadette Chirac, Bernard Niquet, avait été convoqué par la police. Son interrogatoire, consacré à la mise à disposition d'un "chargé de mission" auprès d'une association paramunicipale, s'est tenu le 29 janvier, sans que l'épouse du président ait été citée. Au mois de mars, Raymond-Max Aubert, ancien directeur adjoint du cabinet de M. Chirac à la Mairie de Paris, et Jean-Eudes Rabut, son ancien chef de cabinet, ont à leur tour été questionnés. Après la réélection, le 10 juin, les policiers ont interrogé Jean-Pierre Denis, autre ancien directeur adjoint du cabinet de M. Chirac, qui fut aussi secrétaire général adjoint de l'Elysée. Les questions portaient, cette fois, sur l'affectation de plusieurs "chargés de mission"dans des locaux situés au 174, boulevard Saint-Germain à Paris, qui semblent avoir abrité, à partir de 1993, un embryon de QG de campagne du futur candidat Chirac à l'élection de 1995.

Les gardes à vue du mois de septembre constituaient, de toute évidence, la fin de ce programme d'auditions : outre MM. Roussin, Chardon, Naftalski et Mme Cuillé, les policiers ont interrogé l'ancien directeur du cabinet de Jean Tiberi à l'Hôtel de Ville (1995-1998), Bernard Bled. Tous ont signé les contrats de certains des "chargés de mission" suspectés. Figurent aussi sur la liste des signataires, sans avoir été questionnés à ce jour, le député (UMP) Robert Pandraud, ex-directeur du cabinet de M. Chirac, préservé d'une garde à vue par son immunité parlementaire, mais qui devrait être convoqué prochainement par la juge, et le président de la République.
Hervé Gattegno et Fabrice Lhomme, LE MONDE | 08.10.02 | 11h32

 

Statut pénal : les "sages" au travail

Formée par Jacques Chirac le 5 juillet (2002) – conformément à l'un de ses engagements électoraux –, la commission de juristes et d'experts chargée d'une mission de réflexion sur le statut pénal du président de la République (Le Monde daté 7-8 juillet) a commencé ses travaux au début du mois de septembre.
Après une séance préparatoire tenue à la fin du mois de juillet, les douze "sages", présidés par le constitutionnaliste Pierre Avril, ont prévu de se réunir à douze ou treize reprises jusqu'au début du mois de décembre, dans des locaux mis à leur disposition par le ministère de la justice.
Chargé par M. Chirac d'"examiner" la question de l'immunité présidentielle face aux juges et de "faire, le cas échéant, des propositions de modification" , ils devraient lui rendre leur rapport avant les fêtes de fin d'année – deux séances supplémentaires pouvant être convoquées en cas de désaccords sur la rédaction.
La commission a d'ores et déjà recueilli les éclairages d'une universitaire américaine et d'un spécialiste français de l'Amérique latine.
Le Monde, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 09.10.02

 

Les «frais de bouche» de Chirac passent à l'as
Le parquet de Paris renonce à enquêter sur une affaire concernant l'ancien maire.

L'information devrait être confirmée officiellement aujourd'hui (16 octobre 2002) par la mairie de Paris. Le parquet a décidé de pas ouvrir d'enquête préliminaire sur l'affaire des «frais de bouche» de Jacques Chirac. Protégé par son immunité constitutionnelle, le chef de l'Etat voit donc une des menaces judiciaires qui l'entourent s'envoler, en dépit d'un rapport éloquent de l'inspection générale de la Ville de Paris sur certaines pratiques du couple présidentiel alors qu'il était maire de 1977 à 1995.

Option prudente.
Révélé en avril par le Canard enchaîné, ce rapport avait été transmis au parquet de Paris au début de l'été par Bertrand Delanoë. Soucieux de ne pas apparaître opportuniste sur le terrain des affaires, le nouveau maire avait longtemps tergiversé, notamment dans la période précédant la présidentielle. Habile, le chef de l'Etat avait d'emblée senti l'hésitation et déclarait, dès la publication de ce rapport : «Si, pour des raisons que j'ignore, il y a eu, dans les services, des cas de malversation ou de dysfonctionnement, alors il appartient à la Ville de Paris de porter plainte.» En transmettant le dossier au parquet en vertu de l'article 40 (1) au lieu de porter plainte avec constitution de partie civile (2), Bertrand Delanoë adoptait une option prudente. La réponse du parquet de Paris va désormais permettre au maire d'opposer un argument juridique à ceux qui lui demandent davantage de détermination.

Dans une lettre datée du 10 octobre et expédiée avec un peu de retard en raison de l'agression de Bertrand Delanoë le procureur adjoint chargé du parquet financier classe les découvertes en plusieurs catégories. D'un côté, les faits qui ne peuvent pas recevoir de qualification pénale et relèvent plutôt de juridictions administratives. De l'autre, des faits inclus dans le code pénal, mais prescrits. Enfin, une troisième catégorie, plus hybride, inclut des éléments pour lesquels «les poursuites ne sont pas envisageables», selon la formule du procureur.

Hier soir, le parquet expliquait «qu'une analyse en droit, et non en opportunité, fondait cette décision». Certains faits apparaissaient donc obscurs, mais il aurait été difficile de les classer dans la gamme des infractions pénales existantes. Cette analyse a été validée par le procureur général Jean-Louis Nadal. Ce qui tranche avec la cacophonie de juillet 2001, lorsque l'ancien procureur Jean-Pierre Dintilhac s'était nettement opposé au procureur général sur une possible audition du chef de l'Etat. Enfin, le courrier sur les frais de bouche a été visé par le nouveau procureur Yves Bot, qui, n'étant pas encore officiellement en poste, ne pouvait y apporter son imprimatur. Hier soir, la mairie de Paris n'avait pas réagi, n'ayant officiellement pas reçu la missive.

Nécessairement aride, l'analyse juridique du parquet tranche avec certaines conclusions sévères de l'inspection générale de la Ville de Paris. Cette dernière avait notamment mis en évidence des dépenses pour 9,5 millions de francs en liquide (1,45 million d'euros), de 1987 à 1995, «dont l'utilisation a été faite quasi exclusivement pour régler des achats de nourriture pour les réceptions données par le maire dans ses salons». Si les inspecteurs relevaient que «(si) la distinction entre ce qui relève des dépenses privées et des autres dépenses est impossible à établir (...), le caractère personnel et familial (de certaines dépenses) ne fait aucun doute». Dont les désormais célèbres yaourts Bio, Danette au chocolat ou bières Corona dont le chef de l'Etat raffole notoirement.

Justificatifs.
Ce sont essentiellement ces dépenses de nourriture qui ont rendu délicate l'analyse du parquet. Le fait que ces achats aient été faits après le vote des élus de Paris et le contrôle de la questure a, selon plusieurs sources, incité le parquet à la prudence. Pourtant, concernant le contrôle opéré sur ces dépenses, l'inspection générale avait relevé que le travail de la commission de vérification des comptes était inopérant, puisqu'elle n'avait pas accès aux justificatifs de ces achats. En somme, le maire de Paris a pu allégrement mélanger dépenses privées et publiques sans que les élus n'en soient informés. La position du parquet de Paris semble après tout lui donner raison aujourd'hui.
(1) L'article 40 du code de procédure pénale impose aux fonctionnaires de dénoncer «sans délai» les crimes et délits dont ils ont connaissance.
(2) Ce type de plainte oblige le parquet à désigner un juge d'instruction et à ouvrir une information judiciaire.
Libération, Par Fabrice TASSEL, mercredi 16 octobre 2002, page 16 octobre 2002

 

Frais de réception : Delanoë saisit la justice

LA MAIRIE DE PARIS a annoncé hier le dépôt prochain d'une plainte contre X avec constitution de partie civile, à la suite du rapport de l'inspection générale sur la questure pointant des « dépenses de bouche » somptuaires du couple Chirac quand il résidait à l'Hôtel de Ville. C'est Bertrand Delanoë lui-même, en convalescence au Pays basque, qui a rédigé le texte de cette décision, lue à la tribune par la première adjointe PS, Anne Hidalgo.

Laurent Fary, porte-parole du maire, a souligné qu'il s'agissait « d'une position de principe. Ce ne sont pas des personnes qui sont visées. » L'annonce de la plainte, en cours de rédaction à l'Hôtel de Ville, a suscité la colère de la droite, qui a quitté l'hémicycle après une charge de Claude Goasguen : « C'est une plainte contre Jacques Chirac, pourquoi vous cacher derrière des X peu courageux ! » Le président du groupe UMP a mis « en garde ceux qui s'aventurent à être des calomniateurs ». « Si les hommes politiques sont visés par des cinglés qui en font des boucs émissaires, et je ne voudrais pas rappeler un passé proche qui concerne le maire de Paris, c'est en grande partie parce que des hommes politiques, à force d'accuser par des calomnies insensées, ont suscité un populisme extrémiste et agressif », a-t-il déclaré, sous les huées de la gauche. « Amalgame douteux », a commenté M. Fary pour qui « c'est au contraire en posant des actes dédiés à la recherche de la vérité qu'on restaurera l'image du politique ». La décision du maire a devancé un voeu du Vert Alain Riou, selon qui il était « temps d'agir ». L'élu a cité comme dépenses incongrues « 377 F par jour (NDLR : 56 €) de thés, infusions et confitures même quand les Chirac n'étaient pas là ».

Les deux tiers réglés en liquide

Le rapport de l'inspection générale de la Ville sur le fonctionnement de la questure, chargée de régler notamment les dépenses de collaborateurs d'élus et les frais de réception, avait été commandé en octobre 2001 par Bertrand Delanoë. Ce rapport évoque des frais de réception et de nourriture d'un total, selon « le Canard enchaîné », de 2,21 M€, dont 1,45 M€ réglé en liquide. Ils concernaient « presque exclusivement des dépenses d'alimentation ou de tabac » destinées à la consommation personnelle du couple Chirac et de ses invités privés, selon l'hebdomadaire. Le 2 avril, lors d'une intervention télévisée, Jacques Chirac avait estimé qu'il revenait « à la Ville de Paris de porter plainte » si des malversations au sein de la questure étaient mises au jour.

En juillet (2002), la mairie avait transmis le rapport au parquet en application de l'article 40 du Code pénal, qui impose à tout fonctionnaire de signaler au procureur de la République les infractions dont il a connaissance. Le parquet avait répondu le 15 octobre qu'il n'y avait pas lieu à poursuivre : certains faits, selon lui, ne pouvaient être qualifiés pénalement, d'autres étaient couverts par la prescription et, pour d'autres enfin, l'infraction ne pouvait être caractérisée.

Par contre, une plainte avec constitution de partie civile entraîne quasi systématiquement une ouverture d'information judiciaire et la désignation d'un ou de plusieurs juges d'instruction. Ce dossier se heurte au statut pénal du chef de l'Etat tel que fixé par la Cour de cassation dans son arrêt rendu le 10 octobre 2001 et mettant un terme définitif à toute possibilité de poursuites à son encontre. Mais l'épouse du chef de l'Etat, Bernadette Chirac, ne bénéficie pas de cette protection.
I.G. (avec AFP), Le Parisien , mercredi 30 octobre 2002, page 13



Le député Jean de Gaulle mis en examen

Le député UMP de Paris Jean de Gaulle a été mis en examen vendredi pour "recel de détournement de fonds publics" dans l'enquête sur les emplois présumés fictifs de la ville de Paris, a-t-on confirmé samedi au parquet de Paris.

Comme le révèle le journal Le Monde, le député est mis en cause pour avoir bénéficié de l'assistance à l'Assemblée en 1990 et 1991 d'une employée rémunérée par la ville de Paris alors qu'elle ne s'y rendait jamais et n'y exerçait aucune fonction.

Une vingtaine de personnes sont mises en examen dans cette procédure, dont quatre ex-directeurs de cabinet de Jacques à la mairie de Paris qui auraient signé les contrats de travail entre 1983 et 1995, ainsi que des proches de personnalités de l'actuelle majorité, qui en auraient bénéficié.

Il s'agit notamment de Marie-Thérèse Poujade, épouse de l'ex-maire UMP de Dijon Robert Poujade, de l'épouse de l'ex-ministre de Affaires étrangères Hervé de Charette et de François Debré, frère de l'actuel président de l'Assemblée Jean-Louis Debré.

Il n'est pas certain que ces personnalités soient jugées, puisque le parquet de Paris a demandé en juillet l'abandon des poursuites, estimant les faits prescrits. La juge d'instruction Colette Bismuth-Sauron a refusé cette analyse dans une ordonnance et c'est la chambre de l'instruction qui tranchera.
Libération, 15 septembre 2003, p. 17; liberation.fr, 13 septembre 2003, 14:17:18



(11 septembre 2003) Marc Blondel mis en examen

LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL de FO, Marc BlondeL a été mis en examen dans l'enquête sur les chargés de mission de la Ville de Paris à - propos du salaire de son garde du corps, mais qu'il a proposé depuis de rembourser.
Mis en examen le 11 septembre (2003) pour « recel de détournement de fonds publics» par la juge d'instruction Colette Bismuth-Sauron, il est soupçonné d'avoir bénéficié pendant plus de dix ans d'un garde du corps qui était payé par la Ville de Paris alors qu'il n'y exerçait aucune fonction.
L'affaire avait été révélée en mars 2002 : Marc Blondel avait indiqué avoir eu recours à un garde du corps car son prédécesseur, André Bergeron, « avait eu des incidents sérieux » et que lui-même avait « reçu des lettres de menace ». Il avait reconnu une « erreur» sur le plan administratif.
Le Parisien, 20 septembre 2003, p. 18

 

(1er octobre 2003) Une secrétaire très encombrante

Au troisième jour du procès des emplois fictifs du RPR, le tribunal correctionnel de Nanterre s'est notamment penché sur les modalités de l'embauche de Claude Le Corff, l'ancienne assistante d'Alain Juppé.

Pour l'ancien trésorier Robert Galley, elle était "une pièce essentielle de la maison RPR". Pourtant, aucun prévenu n'a souhaité assumer l'embauche de Claude Le Corff, secrétaire d'Alain Juppé.

Motif de cette gêne : cette employée fidèle, entrée dans le parti chiraquien en 1977, a notamment été prise en charge entre 1989 et 1990 par le groupe Ségur, une grosse société d'immobilier - pour environ 21.30O euros - alors qu'elle n'a jamais mis les pieds dans cette entreprise. "C'était un échange de bons procédés. J'acceptais l'embauche et en échange j'avançais plus rapidement dans la procédure" pour l'obtention d'un permis de construire, raconte benoîtement François Rosset, 79 ans, ancien dirigeant du groupe, voûté, à la barre du tribunal.

Selon lui, c'est un militant RPR de son entreprise qui l'a mis en relation avec Louise-Yvonne Casetta, qui s'est alors occupée de l'embauche. Appelée à la barre, cette dernière, ancienne adjointe au directeur administratif et financier du RPR, banquière occulte du mouvement, reconnaît avoir servi de lien entre le parti et l'entreprise. Mais sur "ordre", ajoute-t-elle aussitôt, "des politiques, des trésoriers ou des directeurs administratifs et financiers".

Juppé absent

Cité parmi les donneurs d'ordre, Robert Galley est aussitôt invité à répondre. Et cette fois il s'emporte, sans toutefois se départir de ses manières militaires un peu raides: "Qu'est ce que j'avais à faire de recruter une secrétaire, ce n'était pas mon métier !", tonne-t-il.

Directement intéressé par les débats - il s'agit de son ancienne secrétaire -, Alain Juppé n'était pas présent mercredi à l'audience, n'étant pas poursuivi sur ce volet de l'affaire. Mis en examen dans un premier temps pour ces salariés du RPR payés par des sociétés privées, il a en effet obtenu plusieurs non-lieux sur ce point.
Tf1.fr, news, Mis en ligne le 01 octobre 2003



(2 octobre 2003) « Tout le monde savait »

IL EST 18 h 15. Yves Cabana, ancien directeur de cabinet d'Alain Juppé, dérape à la barre du tribunal correctionnel de Nanterre. Pressé de questions par les trois juges du tribunal, cet énarque aujourd'hui reconverti dans le privé, comme directeur du développement durable d'une filiale de Vivendi, vient de lâcher une phrase que tous les hommes du RPR, jusque-là, s'étaient refusés à prononcer. « Tout le monde savait que cette situation existait ! lâche-t-il. Comment imaginer que le vote d'une loi, du jour au lendemain, ait pu modifier les choses d'un coup de baguette magique ? »

Alain Prache, juge assesseur, comprend le premier : « Vous dites tout le monde, mais jusqu'à présent, à cette barre, cela se limite à vous. » Catherine Pierce, la présidente, demande à la greffière si elle « a bien noté la phrase ». Yves Cabana, cramponné au micro, est au supplice. En 1988, au moment du vote de la première loi sur le financement de la vie politique, il était commissaire du gouvernement, donc juriste en charge de la rédaction du texte. « A votre avis, le législateur a-t-il voulu exclure les emplois fictifs des financements des partis politiques ? » interroge Alain Prache. Cabana marque une pause. « Juridiquement, oui », confesse-t-il. « Qu'avez-vous fait pour régulariser la situation quand vous étiez au RPR ? » relance la juge. Yves Cabana essaye de se reprendre. Il affirme qu'il « n'était pas en charge des emplois », de 1988 à 1993, lorsqu'il était le bras droit d'Alain Juppé. « Je n'ai jamais donné l'ordre de faire embaucher un emploi fictif », jure-t-il.

« C'est évident... »

En voulant s'en sortir, il va s'enfoncer davantage : « Si vous me posez la question de savoir si M. Juppé en tant que secrétaire général du RPR incitait à la régularisation de cette situation, c'est évident... » continue Cabana, secoué de tics. Alain Juppé, absent de l'audience, sera interrogé mardi sur ce « tout le monde savait » prononcé par son ancien bras droit. Il sera également interrogé sur un autre aveu de son ancien directeur de cabinet en début d'audition sur l'emploi fictif de Casetta. Yves Cabana, cité à comparaître à l'initiative de M e Vergès, l'avocat de Louise-Yvonne Casetta, veut d'abord flatter « le sérieux » et le « dynamisme » de l'ancienne intendante. Le tribunal écoute poliment ces louanges spontanées et l'interrompt : « M. Cabana, quand vous étiez directeur de cabinet du secrétaire général du RPR, saviez-vous que Louise-Yvonne Casetta n'était pas rémunérée par le RPR ? » « Je vais être franc, murmure le témoin... Je le savais, oui je l'ai su. Il se trouve que j'ai rencontré un chef d'entreprise que j'aime bien, M. Jean Guillou-Kérédan, qui m'en a parlé. » Ce patron d'une société de chauffage, est au fond de la salle, assis à côté de l'intendante du RPR. Interrogé auparavant, il a déjà reconnu qu'il avait embauché Casetta, mais comme « véritable commerciale », pour un « réel travail ». Cabana, involontairement, va mettre à mal cette défense. « Je regrette que M. Kérédan soit ici, ajoute l'ancien directeur de cabinet, c'est un homme respectable. Il m'avait dit en embauchant M m e Casetta qu'il faisait cela sans aucun esprit de contrepartie. » Comme par gentillesse en quelque sorte... Les trois juges échangent un sourire entendu. Kérédan et Casetta un regard interloqué.
Laurent Valdiguié, Le Parisien, vendredi 03 octobre 2003, p. 15



(7 octobre 2003) Alain Juppé réfute les accusations
La défense de l'ancien Premier ministre n'a pas été ébranlée hier par les aveux des chefs d'entreprise et ex-cadres du RPR sur l'existence d'emplois fictifs. Alain Juppé a réaffirmé qu'à aucun moment il n'avait été mis au courant de ces pratiques.

Face aux magistrats, Alain Juppé a présenté la même ligne de défense qu'au début du procès, malgré les récentes déclarations de ses anciens collaborateurs.

ALAIN JUPPÉ n'était pas au courant. Droit à la barre, avec un dossier de couleur verte pour les emplois fictifs payés par les entreprises, et un dossier jaune pour ceux de la Ville de Paris, l'ancien secrétaire général du RPR a réponse à tout.
Du tac au tac, avec cette faculté de comprendre les questions avant qu'elles ne soient totalement formulées. Il répond avec un visage lisse qui ne laisse passer aucune émotion. A cette même barre - ce gril judiciaire - certains chefs d'entreprise ont craqué ; Antoine Joly, ancien secrétaire national du RPR, s'est effondré en sanglots ; Robert Galley, un ancien trésorier, s'est franchement énervé ; et Yves Cabana, ancien directeur de cabinet, a lancé la phrase « tout le monde était au courant »...
Juppé, lui, garde le cap, imperturbable, sans varier d'un millimètre par rapport à sa ligne de défense du début du procès. Elle est simple. D'abord, il n'a jamais été « informé » des emplois fictifs avant 1993, et il a aussitôt ordonné qu'il y soit mis fin « à bref délai ».

Catherine Pierce, la présidente du tribunal, dit : « M. Juppé, il nous paraît nécessaire de revoir avec vous ce qui s'est dit la semaine dernière. » La magistrate insiste sur les déclarations, vendredi, de Jacques Rigault, l'ancien directeur administratif du RPR, qui a avoué s'être rendu compte dès 1988 de l'existence des emplois fictifs et a demandé des instructions qui ne sont jamais venues. Elle revient sur les aveux d'Yves Cabana, le plus proche collaborateur de Juppé. Elle répète les déclarations de Daniel Méraud, un ancien cadre du RPR qui parle des « clandestins » pour désigner les emplois fictifs des partis politiques. « Qu'avez-vous à dire ? »
Alain Juppé ne laisse planer aucun doute : « Je ne partage pas l'opinion de M. Cabana », commence-t-il avant de décrire, dans un monologue de près de dix minutes, le fonctionnement du RPR. Sûr de lui, sortant des fiches, l'ancien Premier ministre balaye une à une les critiques
et détaille la loi de 1988 sur le financement des partis politiques, qui, selon lui, n'interdisait pas formellement les mises à disposition de personnel. « Je ne veux en tirer aucune conclusion, mais certains juristes en discutent », glisse Alain Juppé. « Le tribunal en discutera », le coupe sèchement la présidente, marquant d'entrée son territoire.
Le ton est donné. Il sera glacial. Pendant une bonne heure, les trois magistrats vont tenter de faire bouger le roc Juppé. « Comment avez-vous pu ignorer que votre propre secrétaire au RPR était rémunérée par des entreprises ? » commence Alain Prache. Le juge insiste à plusieurs reprises, et obtient toujours le même « pas au courant ». « Je vous dis la réalité, ajoute Alain Juppé, c'est peut-être une faiblesse, on me reproche parfois de ne pas accorder assez d'attention aux problèmes personnels », explique-t-il, souriant. « Le dernier emploi a été régularisé en 1996, embraye la juge Fabienne Schaller. Trois ans, est-ce que cela vous paraît être un bref délai ? » « Si pour un cas ou deux, ces régularisations n'ont pas eu lieu tout de suite, ce n'était pas conforme à mes instructions », réplique l'ancien patron du RPR. « Quand vous donnez des instructions et qu'elles ne sont pas appliquées, envisagez-vous des sanctions ? », poursuit la magistrate. « Si j'ai fauté par manque de vigilance, j'en porte la responsabilité », concède l'ancien Premier ministre, qui répétera la formule à trois reprises.
« Yves Cabana aurait dû m'alerter et il ne l'a pas fait », ajoute-t-il pour être bien compris. L'actuel patron de l'UMP s'offre aussi le luxe d'une petite pique à l'égard du PS : « Le RPR n'avait pas de bureaux d'études, de type Urba, qui démarchaient les entreprises », glisse-t-il à la barre, faisant allusion à l'affaire Urba, dans laquelle l'ancien trésorier du PS
Henri Emmanuelli avait écopé d'une peine d'inéligibilité.

Une « forme de don »

Alain Juppé obtiendra-t-il la relaxe que son avocat, Me Francis Szpiner, va réclamer pour lui ? Restent ces sept employés de la Ville de Paris, soupçonnés d'avoir travaillé à temps plein au RPR. Le premier, Jérôme Grand d'Esnon, payé par Bouygues, Campenon-Bernard, puis la mairie de Paris, affirme qu'il travaillait au RPR comme bénévole...
De surcroît, ce juriste, spécialiste au RPR des questions de financement politique, assure lui aussi que la loi de 1988 ne rendait pas « illégale » les mises à disposition de personnels par les entreprises. « C'était une forme de don », assure Grand d'Esnon.
« Et pourquoi n'y avait-il aucun reçu contrairement aux dons autorisés ? » ironisent les magistrats, visiblement peu convaincus. Les derniers employés présumés fictifs doivent être entendus aujourd'hui.
Laurent Valdiguié, Le Parisien, mercredi 08 octobre 2003, p. 14

 

Le procureur de Juppé fiché à l'extrême droite

LES RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX ont des fiches sur certains magistrats. C'est le cas de René Grouman, le procureur qui a requis contre Alain Juppé, au tribunal correctionnel de Nanterre lors du procès des emplois fictifs.

Selon ces services, René Grouman a fait partie, pendant environ dix ans, de la mouvance d'extrême droite Troisième Voie, un mouvement classé radical dirigé par Jean-Gilles Malliarakis.
Selon les RG, René Grouman a été un militant de cette mouvance de 1985 à 1995. Les archives du service de renseignement gardent ainsi la trace de plusieurs passages à la frontière espagnole dans les années 1985 à 1990, pour les cérémonies commémorant la mort de Franco.
Autre élément, lors d'une perquisition conduite en 1989 à Nantes chez Christian Bouchet, un ancien chef de file de Troisième Voie, les RG ont passé au crible le disque dur de son ordinateur, dans lequel René Grouman figurait comme militant du groupe, classé membre du bureau politique.

« Troisième Voie avait deux branches, explique un connaisseur des milieux d'extrême droite, la branche étudiante avec le GUD et la branche jeunesse avec la JNR, la Jeunesse nationaliste révolutionnaire.
Le mouvement a éclaté en 1991 et s'appelle aujourd'hui Nouvelle Résistance. Pour les RG, qui n'ont jamais cessé de surveiller ces réseaux, Troisième voie était classé comme un mouvement à droite de l'extrême droite. »

« J'étais proche de ces idées »

« René Grouman a, en effet, eu un passé nationaliste pendant quelque temps, confie Jean-Gilles Malliarakis. Troisième Voie était une association purement idéaliste », ajoute-t--il.
Interrogé hier, René Grouman ne dément pas, reconnaissant des liens d'amitié anciens avec Malliarakis. « Je l'ai connu dans les années 1980 dans sa librairie, et nous avons sympathisé, précise le procureur. Je suis devenu sympathisant puis donateur de Troisième Voie, mais je ne me souviens pas avoir été membre d'un quelconque bureau politique ! Je me suis effectivement rendu en Espagne à deux reprises... J'étais proche de ces idées, notamment sur l'Europe, et je le suis encore. »
Mais René Grouman insiste : « En aucune façon, ces idées n'ont influencé mon travail et cela n'a joué en rien sur mes réquisitions au procès d'Alain Juppé. Aucun rapport. ».
Réputé proche de Jean-Claude Marin, l'actuel directeur des affaires criminelles et des grâces à la chancellerie, René Grouman, 48 ans, a suivi au sein de la magistrature un parcours professionnel sans faute.
Nommé le mois prochain comme vice-président au tribunal de Paris, où il sera juge des libertés, le procureur Grouman a requis contre Alain Juppé 8 mois de prison avec sursis, mais pas de peine d'inéligibilité.
leparisien.com, Paru le : 22/10/2003

 

(30 janvier 2004) Alain Juppé, déclaré inéligible pour dix ans, fait appel

NANTERRE - Le président de l'UMP, Alain Juppé, a été condamné vendredi à 18 mois de prison avec sursis et dix ans d'inéligibilité pour "prise illégale d'intérêt" par le tribunal correctionnel de Nanterre (Hauts-de-Seine) dans l'affaire des emplois fictifs du RPR.

Son avocat, Me Francis Szpiner, a aussitôt annoncé son intention de faire appel, ce qui suspend l'exécution de la condamnation et permet à l'ancien Premier ministre de conserver ses mandats de député et de maire de Bordeaux.

"S'il existe des cours d'appel, c'est qu'il arrive aux tribunaux de se tromper. Nous soumettrons à la cour d'appel le jugement qui vient d'être rendu", a-t-il dit à la presse.

L'affaire sera donc rejugée par la cour d'appel de Versailles. Le délai habituel pour organiser l'audience est de six mois à un an.

Alain Juppé, présenté comme un candidat potentiel à l'élection présidentielle de 2007, avait dit le 13 janvier, lors de ses voeux à la presse, qu'il quitterait la politique s'il était déclaré inéligible, sans préciser alors s'il ferait appel ou non.

Le tribunal a explicitement déclaré dans son jugement que la sanction serait inscrite au casier judiciaire, contrairement à ce qu'avaient demandé les avocats d'Alain Juppé afin de lui éviter justement l'inéligibilité.

"La nature des faits commis est insupportable au corps social comme contraire à la volonté générale exprimée par la loi. Agissant ainsi, Alain Juppé, alors qu'il était investi d'un mandat électif public, a trompé la confiance du peuple souverain", précise le tribunal dans ses attendus.

A la lecture de la décision, le maire de Bordeaux, livide, a légèrement titubé puis a quitté le tribunal. En sortant, il a déclaré à des journalistes qu'il "réfléchirait" durant le week-end et s'exprimerait probablement "lundi ou mardi".

"Alain Juppé fera connaître dans les jours qui viennent son sentiment", a dit pour sa part Me Szpiner. Cette décision du tribunal "est ce qu'elle est, je la trouve blâmable", a-t-il ajouté.

"MANQUE DE VIGILANCE"

Alain Juppé, 58 ans, a été reconnu coupable de la prise en charge frauduleuse par la Ville de Paris des salaires de sept cadres du RPR entre 1988 et 1995.

Le parquet avait requis le 10 octobre huit mois de prison avec sursis contre l'ancien secrétaire général du RPR, tout en demandant aux juges de lui épargner l'inéligibilité.

L'examen des faits a montré que les sept personnes au coeur des poursuites ne disposaient pour la plupart d'aucun bureau à la Ville de Paris et que leurs noms ne figuraient pas dans l'annuaire des services.

L'audience a même mis en lumière des éléments à charge contre Alain Juppé sur un autre volet où il avait pourtant bénéficié d'un non-lieu: la prise en charge par des sociétés privées des salaires de permanents du RPR.

L'ex-directeur de cabinet d'Alain Juppé au secrétariat général du RPR, Yves Cabana, a expliqué que ce système était "connu de tous" au parti chiraquien et l'ex-"banquière occulte" Louise-Yvonne Casetta a dit l'avoir organisé sur les ordres de la "hiérarchie" du RPR.

Confronté à ces éléments, Alain Juppé avait nié à l'audience avoir eu connaissance des faits. "J'avais beaucoup d'autres soucis. Si j'ai fauté par manque de vigilance, j'en prends la responsabilité", avait-il dit à la barre.

Le tribunal a condamné deux ex-trésoriers du RPR, Robert Galley et Jacques Boyon, à 14 mois de prison avec sursis, de même que Louise-Yvonne Casetta.

L'ex-bras droit d'Alain Juppé et actuel patron de l'UMP parisienne, Patrick Stefanini, a été condamné à 12 mois avec sursis, l'ancien directeur administratif du RPR Jacques Rigault à 7 mois avec sursis.

Louise-Yvonne Casetta et Patrick Stefanini ont également décidé de faire appel.

Antoine Joly, ancien secrétaire national du RPR, écope de 11 mois avec sursis. Sur les 20 chefs d'entreprise poursuivis, six relaxes ont été prononcées, ainsi que 13 condamnations à six mois avec sursis et une à sept mois avec sursis. Le parquet avait demandé contre eux des peines allant de trois mois de prison avec sursis à cinq mois avec sursis.
yahoo.fr, Par Thierry Lévêque, 30 janvier 2004



(19 mars 2004) Frais de bouche des Chirac : non-lieu

Le juge Courroye du pôle financier du TGI de Paris partage l'avis du parquet de Paris estimant que le fonctionnement de la questure de l'Hôtel de Ville entre 1987 et 2000, ne peut faire l'objet de poursuites pénales car les éventuels délits visés sont prescrits.

Le juge d'instruction Philippe Courroye a rendu un non-lieu en début de semaine dans l'enquête sur les frais de questure, ou «frais de bouche», de la Ville de Paris sous la mandature de Jacques Chirac, a-t-on appris jeudi 18 mars de source judiciaire.
Le magistrat suit ainsi les réquisitions du parquet de Paris, qui avait considéré début mars que les faits délictuels visés dans la plainte de la mairie de Paris étaient prescrits. L'enquête menée par le juge Courroye n'a débouché sur aucune mise en examen.
La mairie de Paris avait porté plainte pour faux en écriture contre X après qu'un rapport de l'Inspection générale des services de la Ville de Paris, remis le 22 mars 2002 au maire de la capitale Bertrand Delanoë a conclu à l'existence d»'indélicatesses», de «détournements significatifs» et de «factures falsifiées» à la Questure de Paris entre 1987 et 2000 durant les mandats de Jacques Chirac (1977 à 1995) et, dans une moindre mesure, de celui de Jean Tiberi (1995-2001).

Des millions en cash

Selon ce rapport, 14 millions de francs de l'époque (2,13 millions d'euros) auraient été engloutis entre 1987 et 1995 par le couple Chirac pour leurs dépenses alimentaires, sans compter les réceptions officielles, dont 9,5 millions (1,45 millions d'euros) réglés en liquide.
La plainte visait également des faits de «faux en écriture publique commis par une personne dépositaire de l'autorité publique» qui auraient été perpétrés en 1994 et 1995. Une qualification criminelle dont la prescription est de dix ans.
Selon l'analyse juridique du parquet, l'enquête a montré que ces faux ont été commis par un cuisinier de la mairie de Paris qui n'est pas dépositaire de l'autorité publique.
NOUVELOBS.COM | 19.03.04 | 09:07

 

(Juin 2004) La justice s'intéresse à l'achat d'avions espagnols

PATRICK MAUGEIN, un homme d'affaires corrézien réputé proche de Jacques Chirac, a perçu une commission de 5 % lors de l'achat, en 1996, par l'armée française d'avions cargo espagnols Casa. Indirectement, la France a donc versé plus de 17 millions de francs (2,6 M€) de commission à cet intermédiaire. Pour quelles prestations ? « Tout ceci s'est fait dans la plus grande régularité », soutient aujourd'hui Patrick Maugein.

Ce spécialiste du pétrole, autrefois bien introduit en Irak, a fait fortune en achetant et revendant du brut. Multicarte, il a également tenté sa chance dans une mine d'or au Pérou. « En 1995, j'étais agent officiel de la société Casa, et j'ai initié des contacts entre cette société et le Cotam, l'unité de transport de l'armée de l'air française », assure l'homme d'affaires, à l'époque président de la société CFID.
Pourtant, son ancien associé dans CFID, l'Espagnol José Antonio Jimenez, qui vient de saisir la justice, l'accuse d'avoir perçu les fonds via un curieux montage bancaire en Suisse. « CFID n'a jamais vu passer les commissions Casa, assure Jimenes. Casa versait les commissions à une banque suisse à Genève, sur un compte d'une société panaméenne Almanati SA, puis l'argent repartait rapidement vers une banque de Zurich, sur un compte ouvert au nom de la société Pendleton. Dans un troisième temps, d'importants transferts en liquide étaient opérés ».

Une intervention auprès de Jacques Chirac

José Antonio Jimenes raconte aussi que l'achat par la France des avions Casa, en 1996, s'est essentiellement fait grâce à une intervention directe auprès de Jacques Chirac.
« Patrick Maugein est allé voir celui qu'il appelait le number one. A l'époque, l'Espagne voulait acheter des hélicoptères et hésitait entre des modèles américains et européens. Maugein a conseillé à Chirac d'acquérir des Casa aux Espagnols pour que ceux-ci achètent des hélicoptères européens. Sur le champ, Chirac a appelé Felipe Gonzalez. Et la France a acheté des Casa. Et Maugein a perçu sa commission. »

Pourtant à l'époque, comme l'assure un proche de Charles Millon, ministre de la Défense du gouvernement Juppé, « l'armée de l'air française était contre cette commande d'avions espagnols ». Charles Millon, aujourd'hui ambassadeur de France auprès de la FAO à Rome, refuse d'être cité mais ne dément pas.
« L'ordre est venu de tout en haut », glisse-t-il... A l'époque, Patrick Maugein était venu voir directement le ministre de la Défense. « Il ne cachait pas ses relations avec le président », admet Millon.
Ce dernier était-il au courant du versement de commissions ? Pas de réponse. Une chose est sûre, pendant les six premiers mois après son arrivée au gouvernement, Charles Millon a été chargé de « mettre de l'ordre » dans les commissions des marchés d'armement.
« Le marché des avions Casa représentait alors un tout petit marché par rapport aux gros contrats que nous avons épluchés, indique un proche de l'ancien ministre. Dès 1995, la vente des frégates à Taïwan faisait par exemple déjà partie des sujets hautement plus sensibles », ajoute-t-il.
Laurent Valdiguié, Le Parisien, samedi 12 juin 2004, p. 15

 

jeudi 9 novembre 2006, 11h20 Nouvel élément sur le supposé compte bancaire de Chirac au Japon

PARIS (Reuters) - Un livre publie pour la première fois un document interne de la DGSE, les services secrets français, vieux de dix ans qui fait état de l'existence d'un compte bancaire détenu par Jacques Chirac au Japon, crédité de 300 millions de francs. Il s'agit d'un message secret classé "urgent réservé" et envoyé par le chef de poste de la DGSE à Tokyo au siège des services à Paris, le 11 novembre 1996, écrivent les journalistes Laurent Valdiguié et Karl Laske dans le livre "Machinations", à paraître la semaine prochaine.

"Le montant des sommes versées sur le compte ouvert par Sowa au nom de M. Chirac serait de 70 oku-yens, soit sept milliards de yens, soit environ 300 millions de francs", dit le message.

Il résume les informations obtenues d'un informateur baptisé du sobriquet "Jambage" - destiné à protéger son anonymat - sur la banque Tokyo Sowa, qui veut faire des affaires en France et dont la DGSE examine la probité.

"Jambage paraît sincèrement penser que cette banque n'est pas, du fait de sa présidence actuelle, fréquentable et il ne veut pas y toucher", dit encore le message.

L'Elysée a déclaré au mois de mai dernier que Jacques Chirac n'avait jamais eu de compte à la Sowa Bank et évoqué une "campagne de calomnies" remontant à 2001 "dont il a été établi qu'elles étaient sans aucun fondement".

Le document en question a été saisi en début d'année chez le général Philippe Rondot par les juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons, chargés d'une enquête sans rapport avec cet épisode et portant sur les faux listings de la société C

Dimanche 07 Janvier 2007
 

troixième parties : de réforme de nos institutions ....





03 août 2001 : Une nouvelle expertise évalue à 3,1 millions de francs les voyages de M. Chirac et de ses proches payés en espèces

Le montant total des versements en argent liquide examinés par les juges dans l'enquête sur les voyages de Jacques Chirac et ses proches a encore augmenté. Selon une nouvelle expertise, communiquée aux trois magistrats chargés de l'instruction le 26 juillet, leur somme est désormais estimée à 3,1 millions de francs. Dans son précédent rapport, daté du 10 juillet, l'expert avait totalisé les règlements en espèces au profit du chef de l'Etat et de son entourage immédiat à 2 839 189 francs, auxquels s'ajoutaient ceux effectués en faveur du sénateur (RPR) Maurice Ulrich, conseiller à l'Elysée, et de la journaliste Elisabeth Friederich, amie de longue date de M. Chirac (Le Monde du 19 juillet). Le rapport complémentaire mentionne que, pour la période allant de décembre 1992 au 31 juillet 1995, la part des versements d'espèces enregistrés à l'agence de voyages de Neuilly (Hauts-de-Seine) "semble concerner M. et Mme Chirac ainsi que leur entourage pour 3 126 947 francs".

Ce nouvel élement contredit la défense du président de la République, exprimée lors de son intervention télévisée du 14 juillet. M. Chirac avait alors qualifié d'"exorbitant" le total initial des juges - qui se montait à 2,4 millions de francs - et tenté de repousser les soupçons d'une expression qui, depuis, a fait florès : "Ce n'est pas qu'elles se dégonflent, disait-il à propos des sommes visées par l'enquête ; elles font pschitt..."

Le président ajoutait alors avoir "vérifié les choses" dans ses agendas et auprès de son entourage, pour conclure que figuraient, dans la liste des voyages examinés par les juges, des "voyages professionnels" effectués en qualité de maire de Paris et de président du RPR, "des voyages que ni -lui- ni -sa- famille, ni aucun de -ses- amis n'avaient jamais faits", ainsi que d'autres déplacements effectués "par certains de -ses- collaborateurs qui les avaient eux-mêmes -...- commandés et payés".

Ces déclarations - dont le texte a été versé par les juges au dossier d'instruction - apparaissent aussi contredites par la reconstitution des destinations des voyages examinés. L'expertise mentionne en effet de nombreuses destinations de vacances et recense, par ailleurs, à sept reprises au moins le nom de l'épouse du chef de l'Etat, Bernadette Chirac, pour des déplacements au cours desquels elle ne semble pas avoir été accompagnée par son mari - mais parfois par Claude Pompidou, veuve de l'ancien président de la République. Seul un voyage au Kenya, improprement attribué à l'ancien champion de judo Thierry Rey -, qui fut le compagnon de Claude Chirac, fille cadette du chef de l'Etat - a été retranché, depuis, par les juges du montant total des versements visés par l'enquête. Dans leur "ordonnance d'incompétence" du 17 juillet, les magistrats avaient par conséquent réestimé à 2,2 millions de francs la somme concernant M. Chirac et ses proches (Le Monde du 25 juillet). Le nouveau chiffre avancé par l'expert atteste que d'autres séjours sont désormais attribués à l'entourage du président.

L'invocation par le président de "compléments de salaires" issus de fonds spéciaux gouvernementaux qu'il aurait conservés depuis son départ du gouvernement, en 1988, n'a pas permis d'expliquer comment ni pourquoi ces fonds auraient pu bénéficier à ses proches dans de telles proportions. Interrogé par la brigade financière, le voyagiste attitré de M. Chirac, Maurice Foulatière, avait relaté que les sommes en espèces, annoncées au téléphone par "les secrétaires particulières de M. Chirac" étaient régulièrement livrées à l'agence par "des porteurs de la Mairie de Paris".

Dans son second rapport, l'expert rappelle, à ce sujet, que "la réglementation fiscale en vigueur à l'époque des faits analysés interdisait le paiement en espèces de factures supérieures à 150 000 francs". Or l'étude de la comptabilité de l'agence de Neuilly a permis de dénombrer sept versements d'argent liquide supérieurs à ce montant, enregistrés entre le 22 décembre 1992 et le 11 mai 1995, représentant des sommes comprises entre 175 200 et 450 000 francs. Ces remises d'espèces - qui "semblent avoir la même origine", selon le rapport - paraissent donc constituer autant d'infractions fiscales.

L'expert renouvelle enfin ses réserves sur l'exhaustivité de ses travaux, déjà formulées dans son premier rapport, expliquant qu'il n'a "pas eu les moyens de remplir -sa- mission dans sa totalité dans la mesure où la comptabilité et les pièces comptables de l'agence de voyages pour la période allant de 1989 à 1992 n'ont pas été trouvées parmi les archives".
Hervé Gattegno, Le Monde, 03 août 2001, p. 28.



Fonds spéciaux : M. Le Garrec (PS) réplique à MM. Vergès et Debré

L'ancien ministre Jean Le Garrec, député (PS) du Nord, a répliqué, mercredi 1er août, à Jacques Vergès et Bernard Debré (RPR) qui ont adressé une lettre au procureur de Paris, Jean-Pierre Dintilhac, pour solliciter l'ouverture d'enquêtes préliminaires à propos de la répartition des fonds secrets (Le monde du 1er août). Dénonçant "l'amalgame" fait par les auteurs de la lettre, M. Le Garrec a affirmé à l'AFP qu'il n'avait "jamais perçu un seul centime de ces fonds spéciaux" pendant ses cinq années au gouvernement. Ces fonds étaient gérés par son "cabinet et distribués sous forme de primes", indique l'ancien ministre, qui affirme avoir reçu pour cela "des consignes précises"du premier ministre, Pierre Mauroy.



Après les déclarations de Dédé
"L'ampleur de la victoire de Pékin ne s'explique pas par la corruption" *

Après que l'homme d'affaires André Guelfi, mis en cause dans l'affaire Elf, a affirmé sur l'antenne de Canal +, dimanche 9 septembre (2001), qu'il avait provoqué l'échec de Paris lors de la désignation de la ville hôte des Jeux olympiques d'été 2008, le 13 juillet, en demandant "à vingt de ses amis membres du CIO de voter pour Pékin", les réactions ont été vives. Si des membres du comité parisien de candidature et Jean-Claude Killy confirment que les agissements de "Dédé-la-sardine" à la veille du scrutin les ont inquiétés et qu'ils se sont employés à l'éloigner, Armand de Rendinger, lobbyiste, conseiller de la candidature parisienne, explique au Monde cette défaite par d'autres raisons. "Le lobbying français n'a commencé qu'aux JO de Sydney, un an avant le vote, dit-il. Les Chinois avaient commencé depuis des années, leur avance était irrattrapable."

Longtemps associé du grand cabinet de conseil et d'audit anglo-saxon Arthur Andersen, Armand de Rendinger a beaucoup œuvré au succès d'Albertville pour l'obtention des Jeux olympiques d'hiver en 1992. Il a collaboré aux candidatures victorieuses d'Atlanta (JO d'été en 1996) et de Nagano (JO d'hiver en 1998) et a conseillé au plus haut niveau la candidature de Paris aux JO d'été de 2008. Après les affirmations d'André Guelfi, qui se vante d'avoir précipiter l'échec parisien (Le Monde du 11 septembre), il explique quelles en sont, selon lui, les véritables raisons.

"Les déclarations d'André Guelfi à Canal+ sont-elles crédibles? Croyez-vous que, comme lors de la désignation des villes de Nagano, Sydney et Salt Lake City, des voix ont pu encore être achetées pour que Pékin obtienne les Jeux olympiques d'été 2008?

Je ne dispose évidemment d'aucun élément me permettant de juger de la véracité des propos de "Dédé-la-sardine". Il est en revanche établi qu'André Guelfi est ce que l'on appelle un agent d'influence et qu'il avait des relations au sein du Comité international olympique. Et il n'est pas certain que les phénomènes de corruption aient totalement disparu du CIO, qui n'a sans doute pas fini sa mutation. Mais l'ampleur de la victoire de Pékin ne s'explique pas par la corruption. Depuis que le scandale de Salt Lake City a éclaté, la "corruption directe" n'est plus de mise au CIO. C'est le lobbying qui fait la différence. Et on peut dire que, sur ce plan, tout a été fait pour que la Chine l'emporte.

Il est de notoriété publique que Paris misait sur une trentaine de voix au premier tour et n'en a obtenu que 15 sur 104, puis 18 sur 106 au second. L'échec a été bien plus cuisant que prévu et, comme le prétend André Guelfi, de nombreuses voix ont fait défaut. Qui, selon vous?

L'Afrique noire, en majorité. Nous pensions bénéficier des deux tiers de ses représentants (ils sont 13), nous n'en avons eu que deux ou trois. Des Européens, ensuite. Il nous a certainement manqué deux voix italiennes. Enfin quelques Asiatiques et Latino-Américains. Effectivement, Paris a pris une claque monumentale. Finalement, c'est mieux ainsi. Un échec valorisant aurait sauvé la face. Là, les autorités politiques et sportives françaises sont obligées de comprendre ce qui s'est passé, si elles veulent, à l'avenir, éviter ce genre de mésaventure.

Si la corruption n'est pas l'explication, ou seulement marginale, pourquoi Paris a-t-il perdu aussi largement?

La raison de fond de l'échec tient à l'évolution du CIO. Désormais, la qualité "technique" du dossier pèse peu dans sa décision finale. Ce qui compte à ses yeux, ce sont d'abord les enjeux politiques, au sens large. C'est ensuite la stratégie affective qui fait perdre ou gagner une ville.

Qu'entendez-vous par "stratégie affective"?

C'est une stratégie patiente et permanente de séduction des membres du CIO. Là a été l'immense faiblesse de Paris et la très grande force de Pékin, qui a mené une campagne intelligente, discrète mais efficace, avec des moyens quasi illimités. Paris a accumulé les handicaps. Son comité de candidature a mis un temps fou à se constituer. De fait, le lobbying français n'a commencé qu'aux Jeux de Sydney, un an avant le vote du CIO. Les Chinois avaient commencé depuis des années, leur avance était irrattrapable.

Hormis le lobbying, y a-t-il d'autres raisons à cet échec?

D'abord, l'ex-président du CIO, Juan Antonio Samaranch, a mené une campagne d'enfer pour Pékin. Or les Français sont dramatiquement absents des organes de direction du CIO, ils ne pouvaient aider Paris à résister. Ensuite, beaucoup de membres du CIO sont convaincus qu'ils ont une "mission pacificatrice": faire du sport une arme de paix. D'ailleurs, il nous a été difficile de mobiliser nos propres diplomates contre Pékin, puisque la diplomatie française elle-même juge que tout ce qui pousse à l'intégration de la Chine dans le concert des nations va dans le bon sens. Enfin, une ville européenne avait peu de chances de l'emporter pour 2008, vu qu'Athènes les a obtenus pour 2004. Ajoutez à cela l'élection quasi assurée d'un Européen à la succession de Samaranch et vous comprenez que Paris est tombé dans un traquenard tendu par Juan Antonio Samaranch.

Dans ces conditions, Paris doit-il de nouveau être candidat?

Il faut se poser deux questions. Veut-on les Jeux? Peut-on les obtenir? Si on répond oui –ce qui n'est pas évident–, il faut ensuite comprendre comment fonctionne le CIO, quelles sont ses priorités. La première, c'est que l'octroi des JO à une ville doit conforter l'importance du CIO aux yeux de ses propres membres et dans le monde. Il faut donc se demander: qu'est-ce qu'une candidature de Paris offre comme avantage au CIO? Politiquement, économiquement, culturellement, sportivement, peu importe: pour que le CIO accorde les JO à une ville, il doit y trouver son compte. Si l'on sait ce qu'offre Paris au CIO, alors il faut être candidat pour les JO de 2012. Et le faire savoir très vite, pour court-circuiter les autres candidatures européennes. L'idéal serait de l'annoncer dans les deux mois qui suivront l'élection présidentielle de 2002.
"D'ici là, il faudra avoir clarifié les choses avec le nouveau président du CIO, Jacques Rogge, pour être certain d'avoir une bonne chance. Et il faudra se doter d'une machine de guerre, regroupant les instances politiques, la diplomatie, les institutions sportives, les membres français du CIO, autour d'un leader charismatique dès le départ. Et entrer très tôt en campagne. Si quelqu'un imagine "sauter" l'échéance 2012 pour se porter candidat en 2016, autant renoncer à être candidat."
Propos recueillis par Sylvain Cypel, lemonde.fr | 11.09.01 | 11h37



Nettoyage des archives de la questure de Paris

Les archives de la questure de Paris portant sur la période 1978-1993, quand Jacques Chirac était maire de la capitale, ont été "expurgées" par deux proches du président de la République, affirme le Canard enchaîné à paraître mercredi 12 décembre.
Pomme de discorde entre la gauche et la droite parisiennes, la questure règle notamment les dépenses de collaborateurs d'élus, les frais de réception, et des "dépenses pas toujours avouables", selon l'hebdomadaire. Elle disposait, sous M. Chirac, d'un budget de 100 millions de francs par an et échappait au contrôle de la chambre régionale des comptes. Entre 1978 et 1986, elle n'a même pas d'existence légale et n'est donc contrôlée par personne.
A partir de 1986, une commission d'élus de tous les groupes du conseil de Paris sera chargée de regarder ses dépenses, sous la présidence d'un magistrat de la Cour des comptes. Mais, selon René Vacquier, délégué de la Cour des comptes entre 1986 et 1993 et interrogé par le Canard enchaîné, ce contrôle était de "pure forme".
En 1994, lorsque M. Vaquier, "l'homme qui ne voyait rien" (d'après l'hebdomadaire) est remplacé par Pierre Joxe, les versements en liquide cessent immédiatement.

A la demande du nouveau maire de Paris, Bertrand Delanoë, la questure doit être supprimée par la future loi démocratie de proximité (deuxième lecture prévue au printemps 2002).
L'hebdomadaire satirique se fonde sur une note d'étape de l'inspection générale de la Ville, faisant état, dans le cadre d'une enquête non achevée, de la destruction de pièces comptables et justificatifs. Ceux-ci sont relatifs aux exercices 1978-1986 (22 mètres linéaires détruits en 1999 selon le journal) puis aux exercices 1987-1993 (25 mètres détruits en 2000). Cette destruction a été prescrite par l'ancien questeur Roger Romani, ex-président du groupe RPR à l'Hôtel de Ville et par son ex-directeur de cabinet, Roch-Olivier Maistre, écrit le Canard. Ces deux hommes sont actuellement conseillers de M. Chirac à l'Elysée.

"ROULER DANS LA FARINE"
La note de l'inspection, apprend-on à l'Hôtel de Ville, précise qu'il "n'est pas certain qu'en droit on puisse reprocher d'avoir fait procéder aux destructions" en cause. Mais le Canard enchaîné accuse MM. Romani et Maistre d'avoir "entrepris de rouler dans la farine le directeur des archives départementales", seul habilité à autoriser des destructions de documents. La loi exige en effet que les factures et justificatifs de dépenses ne soient détruits qu'après vérification par la chambre régionale des comptes. Or, d'après le Canard enchaîné, les responsables des archives ignoraient que la questure échappait au contrôle de cette institution, et les deux conseillers de M. Chirac "se sont bien gardés de le leur préciser".
Constance Baudry avec AFP, LEMONDE.FR | 12.12.01 | 09h35



La plupart des affaires visant M. Chirac et la droite sont suspendues ou enlisées

UNE DIZAINE d'instructions, pour l'essentiel consacrées à la gestion de la mairie de Paris sous les mandats de Jacques Chirac (1977-1995), visent actuellement des personnalités de droite. Directement visé dans trois dossiers, le chef de l'Etat est préservé par son statut de toute poursuite durant sa présidence, en vertu de l'arrêt de la Cour de cassation du 10 octobre. Pour cette raison et pour d'autres, la plupart de ces enquêtes apparaissent gelées ou en suspens depuis quelques mois.

Marchés de la région Ile-de-France :
le 17 juillet, les juges Armand Riberolles, Marc Brisset-Foucault et Renaud Van Ruymbeke se sont déclarés "incompétents" pour interroger M. Chirac. Les magistrats, qui soupçonnent un "large système corruptif" autour de l'attribution des marchés des lycées d'Ile de France entre 1989 et 1995, postulent que des commissions pourraient avoir alimenté une "caisse noire", notamment au profit de M. Chirac et de ses proches pour financer des voyages. Ouverte en 1997, l'instruction a entraîné la mise en examen de l'ancien directeur du cabinet de M. Chirac, Michel Roussin, de l'ancienne directrice administrative du RPR, Louise-Yvonne Casetta, de l'ex-président du PR (devenu DL), Gérard Longuet, et de l'ex-président (RPR) de la Région, Michel Giraud.

Les permanents du RPR :
le juge de Nanterre (Hauts-de-Seine) Patrick Desmure enquête depuis 1996 sur la prise en charge de permanents et de cadres du RPR par la Ville de Paris ainsi que par des entreprises privées, entre 1988 et 1995. L'instruction, qui a entraîné la mise en examen de l'ancien premier ministre Alain Juppé et de trois anciens trésoriers du RPR, est considérée comme close depuis le début de l'année. Le 15 avril 1999, le juge avait estimé avoir réuni "à l'encontre [de M. Chirac] des indices (...) d'avoir participé aux faits de prise illégale d'intérêts et de recel d'abus de biens sociaux". Il s'était déclaré "incompétent" pour poursuivre le président de la République. Cette impasse avait conduit le procureur de Nanterre, Yves Bot, à requérir la disjonction de cette partie du dossier. Mais un pourvoi formé le 3 juillet contre la procédure par l'un des anciens trésoriers, Jacques Oudin, reste pendant devant la Cour de cassation. Le juge attend la réponse de la cour suprême pour trancher.

Les HLM de Paris :
l'enquête sur les malversations commises en marge des marchés de l'office HLM de la capitale a été confiée, en octobre, au juge Riberolles après que son collègue de Créteil (Val-de-Marne), Eric Halphen, en eut été dessaisi par la cour d'appel de Paris, le 4 septembre, en raison d'irrégularités entachant la procédure. Ces vices de forme ont entraîné l'annulation des actes mettant en cause M. Chirac dans ce dossier - à partir du témoignage enregistré par l'ancien financier occulte du RPR, Jean-Claude Méry, après sa publication dans Le Monde des 22 et 23 septembre 2000. Constatant à son tour l'existence de charges à l'encontre de M. Chirac, le juge Halphen s'était déclaré "incompétent" le 25 avril. Récemment transmis à M. Riberolles, le volumineux dossier ne devrait pas être rouvert avant le début de 2002.

La Sempap :
l'enquête sur la gestion de la Société d'économie mixte parisienne de prestations n'a pas abouti à la mise en cause de M. Chirac, mais c'est cette procédure qui a conduit la Cour de cassation à se prononcer sur le statut pénal du chef de l'Etat. Confiée en octobre 1997 aux juges Riberolles et Brisset-Foucault, sous la qualification de "favoritisme", l'instruction a été étendue, en 1999, à d'éventuels "détournements de fonds publics". Seuls quatre imprimeurs ont été mis en examen. Fin novembre, les juges se sont rendus en Polynésie afin d'enquêter sur des investissements effectués à Tahiti par l'ancien directeur de la Sempap, décédé en cours d'instruction.

Les emplois contestés au cabinet du maire de Paris :
depuis l'été 2000, la juge Colette Bismuth-Sauron conduit une information pour "faux en écritures publiques, prise illégale d'intérêts et détournement de fonds publics". Elle avait succédé à Xavière Siméoni - elle-même désignée en décembre 1998 à la suite de la plainte du militant écologiste Pierre-Alain Brossault —, qui n'avait accompli aucun acte d'enquête avant sa mutation, un an et demi plus tard. Depuis, l'instruction s'est exclusivement nourrie des auditions effectuées par les policiers, a mis en lumière l'existence d'une trentaine d'emplois fictifs parmi les bénéficiaires d'un "contrat de cabinet" à la Mairie de Paris, entre 1988 et 1998. A ce jour, aucune mise en examen n'est intervenue.

Les faux électeurs :
deux instructions visant l'inscription d'électeurs fictifs dans la capitale ont mis en cause d'anciens responsables de la mairie de Paris. Jacques Dominati (DL), maire du 3e arrondissement jusqu'en 1995, et Xavière Tiberi, l'épouse du maire du 5e, ont été mis en examen pour "manœuvres frauduleuses de nature à porter atteinte à la sincérité du scrutin" par les juges Jean-Paul Valat et Philippe Coirre. Si l'enquête sur le 3e semble arrivée à son terme, celle sur le 5e a repris depuis que la Cour de cassation a validé l'essentiel de la procédure, le 30 octobre. Mme Tiberi, qui avait refusé de s'expliquer lors de son interrogatoire de première comparution, en juillet 2000, devrait être reconvoquée prochainement. Son époux, Jean Tiberi, a été interrogé en qualité de "témoin assisté" le 5 juin. L'instruction pourrait être close dans le courant de 2002.

Les enquêtes sur le RPF et Charles Pasqua :
le président du Rassemblement pour la France (RPF), Charles Pasqua, et le député européen Jean-Charles Marchiani (RPF), sont mis en examen dans l'affaire Falcone - l'enquête sur les ventes d'armes vers l'Angola conduite par les juges parisiens Philippe Courroye et Isabelle Prévost-Desprez - depuis le printemps pour "recel d'abus de biens sociaux et trafic d'influence". M.Pasqua est aussi poursuivi dans l'enquête sur le financement de sa liste européenne de 1999. L'ancien ministre de l'intérieur n'a en revanche toujours pas été interrogé dans l'enquête ouverte le 19 avril sur les comptes du RPF. La demande de levée de son immunité parlementaire, formulée le 13 juin, n'a été transmise que le 24 octobre par la France au Parlement européen, où elle toujours à l'étude. M. Pasqua a par ailleurs été mis en examen pour "recel d'abus de biens sociaux"le 2 juillet dans l'affaire Elf.

Les enquêtes sur Gérard Longuet et le PR :
l'ex-Parti républicain (PR) - rebaptisé Démocratie libérale (DL) - est toujours visé par une enquête relative à son financement via des entreprises privées, entre 1988 et 1992, dans laquelle plusieurs de ses anciens dirigeants, dont M. Longuet, sont mis en examen. Menée depuis 1994 par la juge Mireille Filippini, l'enquête a sombré - pour des raisons inconnues - dans une profonde léthargie avant d'être confiée, en 1999, à Isabelle Prévost-Desprez, après la promotion de Mme Filippini à la cour d'appel de Paris. Cette dernière a mis en examen M. Longuet pour "recel de contrefaçon" le 8 novembre. L'ancien ministre est soupçonné d'avoir plagié les travaux d'une consultante en télécommunications.
Fabrice Lhomme, Le Monde, 14 décembre 2001, p. 9, LE MONDE | 13.12.01 | 12h07



RÉVÉLATIONS. Coup de théâtre, Eric Halphen quitte la magistrature. Après sept ans passés à instruire le dossier explosif des HLM de Paris dont il a été dessaisi fin 2001, il révèle les coulisses de cette enquête et les obstacles qui ont été dressés sur son parcours.
Le juge Halphen démissionne

«JE VAIS peut-être décevoir des gens en arrêtant. Mais on ne peut pas y laisser la vie. » Le juge Halphen a envoyé en fin de semaine dernière une demande de « mise en disponibilité » à la chancellerie. Il quitte la magistrature. Celui qui a enquêté de 1994 à 2001 sur les HLM de Paris, les Tiberi, les premiers emplois fictifs du RPR, les fausses factures de Méry, perquisitionné à la mairie de Paris, avant de convoquer, en vain, Jacques Chirac, estime que « ce n'est plus possible ». « Suivi, filmé, écouté, traqué » Explication de ce ras-le-bol : « La justice fonctionne à deux vitesses. » « Rien n'a changé pour le voleur de sac à main… alors que certains détournent des sommes considérables et ne sont pas jugés », dit-il. Devant ce constat d'une « justice impossible », Eric Halphen, dessaisi du dossier des HLM au bout de sept ans d'enquête, pour des motifs qu'il conteste ici pied à pied, décide donc aujourd'hui de « défendre son honneur ». Jusque-là muet, il accepte pour la première fois de s'exprimer, lui qui a toujours refusé toute interview. Son témoignage inédit vient apporter un éclairage cruel sur la façon dont s'est déroulée son enquête, une « instruction sabotée », estime-t-il. Le juge Halphen a également la certitude d'avoir été « suivi, filmé, écouté, traqué ». « J'ai souvent eu peur », confie-t-il, donnant ainsi la mesure de son isolement. Il se défend aussi d'avoir été « téléguidé » à des fins partisanes. Pour preuve, le juge révèle avoir respecté durant la campagne présidentielle de 1995 une « trêve », retardant certains actes judiciaires en direction de Jacques Chirac… Alors que dès 1994, il a bien eu l'intuition que l'ancien maire était visé par le dossier, et qu'il aurait « pu le convoquer à ce moment-là ». Avec le recul, le juge Halphen estime être « allé jusqu'au bout » mais reconnaît une certaine forme « d'impuissance ». « J'ai découvert les ombres d'un système », analyse-t-il, persuadé que toutes les opérations de « saucissonnage » de son dossier l'ont empêché d'avancer. Un constat terrible. IVRY-SUR-SEINE (VAL-DE-MARNE), HIER. Lassé d'une justice « à deux vitesses », Éric Halphen a décidé de quitter la magistrature.
Laurent Valdiguié, Le Parisien, lundi 14 janvier 2002, p. 2

 

Chirac, le septennat de toutes les affaires. Les propos d'Halphen visent au premier chef le Président.

Chirac est à la fois le garant du fonctionnement de la justice et la meilleure preuve que la justice n'est pas égale pour tous.

Ceux qu'il vise avec son accablant réquisitoire contre la justice française «à deux vitesses», chef de l'Etat en tête, feraient bien de prendre au sérieux Eric Halphen. Car l'homme a déjà défait un candidat à l'Elysée, et pas des moindres. Il y a sept ans, presque jour pour jour, l'ex-magistrat de Créteil était déjà la vedette impromptue d'une campagne présidentielle. A son corps défendant, il devenait le héros d'une extravagante affaire qui voyait Didier Schuller, un élu proche de Charles Pasqua, ministre de l'Intérieur, remettre une mallette d'argent au beau-père d'Halphen pour tenter de discréditer son enquête sur les offices HLM de Paris et des Hauts-de-Seine. La manipulation échouait, la responsabilité de la place Beauvau éclatait et ainsi débutait l'inexorable descente au fond des urnes d'Edouard Balladur.

«Drame national».
Sept ans après donc et à trois mois d'une nouvelle présidentielle, Halphen est de retour. Les années ont passé, mais, de son point de vue, les choses ont empiré. «Des gens qui détournent des sommes considérables échappent à tout jugement, ou parfois, quand ils sont jugés, écopent de peines insignifiantes. Pendant ce temps, le voleur de sac à main du métro, pour lui rien n'a changé, il prend toujours ses six mois fermes», déplore le juge qui, de guerre lasse, quitte le métier. Ce n'est pas la première fois qu'un magistrat arrive à ce terrible constat, «drame national», comme dit Waechter, pour un pays qui a nourri l'idéal des Lumières. Mais jamais tout un septennat n'est venu à ce point l'accréditer.

Un septennat qui a vu les affaires les plus «abracadabrantesques» éclater, révélant des pratiques incroyables, des détournements d'argent à des hauteurs incommensurables, mettant en cause quelques-unes des plus hautes autorités de l'Etat: des ministres, un président du Conseil constitutionnel, un président de la République. Affaire Elf, Angolagate, Mnef, HLM de la ville de Paris... la liste est étourdissante. Et au final? On retient aujourd'hui le nom de Dominique Strauss-Kahn, qui s'est soumis à la justice et en est sorti blanchi, celui d'un condamné, Roland Dumas, celui de Charles Pasqua, hier première autorité policière du pays, aujourd'hui quatre fois mis en examen; et celui de Jacques Chirac qui, fort d'une immunité contestée, s'est dispensé de répondre aux questions des juges qui souhaitaient l'entendre comme témoin dans les affaires où son nom est cité.

«République des juges».
Les propos d'Eric Halphen le visent au premier titre, ce qui n'a pas échappé, hier, à son défenseur, Patrick Devedjian. C'est que le président est à la fois le garant institutionnel du bon fonctionnement de la justice et celui par qui est administré la preuve que, si la justice est égale pour tous, il y en a qui, devant elle, sont plus égaux que d'autres.

Un incroyable paradoxe qui fait de Chirac l'incarnation caricaturale de cette justice des puissants et des faibles qui nourrit l'incivisme jusque dans les cités, à l'heure où la droite croit bon d'entretenir le débat sur l'insécurité et la récidive des délinquants mineurs. «Je crois qu'il nous appartient tous de faire en sorte qu'il n'y ait pas d'entrave injustifiée à la démonstration d'une infraction», a remarqué, hier, le premier président de la Cour de cassation, Guy Canivet. Avant de plaider pour une «égalité effective et réelle» des citoyens devant la justice. Sage plaidoyer: quand le premier des citoyens montre que l'égalité n'est pas effective, la démocratie risque d'y perdre sa santé dans les cités et ailleurs.

Il y a encore quelques mois, il était de bon ton de craindre une «république des juges» qui vienne confisquer aux citoyens leur pouvoir électoral. C'était une inquiétude de politiques, habitués, depuis l'absolutisme, monarchique, à leur impunité. Cette crainte n'a plus lieu d'être, qui voit désormais les magistrats trop indépendants obligés de plier. Les politiques, en dépit de leur discrédit, ont repris la main parce qu'en France tout ramène toujours à eux: il n'est pas de carrière dans la magistrature ou ailleurs sans révérence à leur endroit. Loin d'avoir coupé le cordon entre le pouvoir et la justice, le septennat chiraquien risque, en fait, de rester comme celui qui aura mis fin aux velléités d'indépendance des magistrats. Les citoyens s'en accommoderont-ils? S'ils réélisent Jacques Chirac, sans aucun doute.
Par Jean-Michel THENARD, Libération, Le mardi 15 janvier 2002, p. 5



Polémique sur les dépenses privées de Jacques Chirac

UN RAPPORT de l'inspection générale de la Ville de Paris, dévoilé par « le Canard enchaîné », pointe des « dépenses d'alimentation ou de tabac » considérables et réglées souvent en espèces pour le couple Jacques et Bernadette Chirac à la mairie de Paris entre 1987 et 1995.
Ce document fait état d'un total de 2,21 M€ (14,5 MF) affectés à ces dépenses, dont 1,45 M€ (9,5 MF) aurait été réglé en liquide.
Roger Romani, ancien questeur du Conseil de Paris, a démenti mardi soir (2 avril 2002)les affirmations contenues dans le rapport de l'inspection générale de la Ville de Paris en assurant que les procédures de la questure ont été « strictement respectées ».
Quant à Jacques Chirac, il a affirmé hier sur France 3 que les dépenses de la questure de la Ville de Paris sont « réglementées, vérifiées », et qu'il appartient à la Ville de porter plainte s'il y a eu « des cas de malversation ou des dysfonctionnements ».
Le Parisien, mercredi 03 avril 2002, p. 20



La chef du cabinet de M. Chirac a refusé de déférer à une convocation de la police judiciaire

Invoquant ses fonctions à l'Elysée, Annie Lhéritier a demandé au juge des "garanties de sérénité" et le report de son audition après l'élection présidentielle.

L'épisode s'est joué dans l'ombre, bien avant les premiers affrontements de la campagne présidentielle. A la fin du mois de janvier, l'Elysée s'est mobilisé afin d'éviter à l'une des principales collaboratrices de Jacques Chirac les désagréments d'un interrogatoire policier. Chef du cabinet du président de la République, Annie Lhéritier avait été convoquée au mois de septembre 2001, puis à nouveau pour le 22 janvier 2002, par la Division nationale des investigations financières (DNIF), chargée par la juge Colette Bismuth-Sauron de l'enquête sur les "chargés de mission" du cabinet du maire de Paris entre 1983 et 1998.

Présentée comme l'animatrice de la "cellule corrézienne" de M. Chirac lorsque celui-ci était maire de Paris (1977-1995), elle devait être interrogée sur les modalités du détachement, dans la circonscription législative du futur président, à Ussel (Corrèze), d'agents municipaux de la capitale rémunérés sur les fonds publics parisiens. Mais elle n'a jamais déféré à ses convocations. Le 17 janvier, le directeur du cabinet présidentiel, le préfet Bertrand Landrieu, en a personnellement informé, par téléphone, le directeur central de la police judiciaire, Patrick Riou.

Un procès-verbal établi le jour même atteste la teneur de l'entretien : il y est indiqué que Mme Lhéritier - curieusement qualifiée de "secrétaire particulière" du chef de l'Etat - "ne se rendra pas à sa convocation", mais qu'elle "écrira directement" à la juge d'instruction. Le même 17 janvier, la collaboratrice de M. Chirac adressait, de fait, à Mme Bismuth-Sauron une lettre dans laquelle elle lui indiquait se tenir "à la disposition de la justice pour l'assister dans son travail" tout en demandant à n'être entendue, le cas échéant, que par la juge et non par la police, et en tout état de cause "après le 6 mai 2002", c'est-à-dire après le second tour de l'élection présidentielle.

Assurant avoir été "éprouvée" par "la publicité donnée à une audition antérieure" - son interrogatoire, en qualité de témoin, le 10 juillet 2001, dans l'enquête sur les voyages de M. Chirac réglés en argent liquide (Le Monde du 12 juillet 2001) -, Mme Lhéritier justifiait sa requête en ces termes : "Dans les circonstances actuelles, liées à l'approche d'élections nationales, il est essentiel pour moi de pouvoir bénéficier des garanties de sérénité offertes à tout citoyen apportant son concours à la justice, notamment par la protection du secret de l'instruction. Or les fonctions que j'exerce à la présidence de la République avivent nécessairement l'intérêt médiatique."

Quatre mois auparavant, la chef du cabinet de M. Chirac avait éludé les questions policières dans un précédent courrier, daté du 12 septembre 2001, dans lequel elle s'étendait sur ses propres relations contractuelles avec la Ville de Paris et le ministère de l'intérieur - elle appartient au corps préfectoral -, mais restait muette sur les détachements de personnels visés par l'enquête. Si bien qu'à ce jour le témoignage de Mme Lhéritier fait toujours défaut au dossier judiciaire.

Le nom de la collaboratrice du chef de l'Etat avait pourtant été cité, dès le 23 janvier 2001, par l'un des agents municipaux concernés, Jean-Marie Roche, recruté comme "chargé de mission" auprès du maire de Paris en 1990 pour être aussitôt "affecté à la permanence du député Jacques Chirac". "J'ai été approché par Mme Lhéritier", indiquait-il pour expliquer son recrutement. Le contrat dont il bénéficiait ayant été interrompu en 1995, après l'accession de M. Chirac à l'Elysée, les policiers ont estimé, dans un rapport récemment rendu au juge, le préjudice causé à la Ville de Paris par ce détachement officieux à 1,6 million de francs (244 000 euros).

Le document recensait également les salaires et charges versés à trois autres de ces "chargés de mission" particuliers : l'un était affecté, lui aussi en Corrèze, auprès de l'ancien secrétaire d'Etat Raymond-Max Aubert, proche de M. Chirac ; un autre auprès du sénateur (RPR) Lucien Lanier ; le dernier auprès du dirigeant de Force ouvrière (FO), Marc Blondel. Le montant total des sommes versées avoisine 2 millions de francs (300 000 euros).

Dans un autre rapport, adressé à la magistrate le 8 février, les policiers détaillaient les cas de 8 salariés de la mairie de Paris qui furent "mis à disposition de structures associatives", dont certaines proches du RPR. Concluant l'examen de ces cas, les enquêteurs ont estimé le "préjudice global supporté par la Ville de Paris" à 5,7 millions de francs (869 000 euros). Les investigations relatives aux associations concernées ont visé, entre autres, le Club 89 ainsi qu'un groupe de réflexion créé en 1984 autour de Robert Pandraud et Michel Aurillac, anciens ministres (RPR), et baptisé Sécurité et paix publique, auprès duquel un contractuel avait été détaché durant trois ans. Le président de l'association étant décédé, les policiers ont interrogé, le 12 février, son vice-président, le magistrat Jean-Claude Antonetti.

Conseiller technique à l'Elysée pour les questions de justice, ce dernier a répondu à la convocation sans invoquer aucun argument lié au calendrier électoral. Il a assuré qu'il "ignorait totalement" que le collaborateur concerné était rémunéré par la mairie de Paris, estimant que "cette mise à disposition [avait] dû s'effectuer de manière orale". Interrogé, en sa qualité de magistrat, sur l'éventuel "détournement de fonds publics" qu'un tel détachement informel pourrait constituer, M. Antonetti a répondu : "Vous me demandez une appréciation personnelle sur une situation que j'ignorais. J'estime que ce détachement [...] doit être considéré comme s'inscrivant dans un cadre plus large, qui est le soutien des collectivités locales ou de l'Etat au secteur associatif."
Hervé Gattegno et Fabrice Lhomme, Le Monde, 10 avril 2002, p. 10



Paris : l'imprimerie de fortune de chirac

Le système est assez simple : un groupe d'imprimeurs obtient tous les marchés de la Ville de Paris et accepte en contrepartie de sur facturer les travaux. Et les marges sont redistribuées.

Il aurait couvert 100 millions de francs de fausses factures de la Sempap.

Parmi les dossiers judiciaires concernant le chef de l'état, celui de la Sempap est un de ceux que le RPR aimerait voir disparaître. Longtemps obscure, cette enquête vient d'être éclairée par plusieurs témoignages, mettant au jour un énorme détournement de fonds publics directement couvert par de hauts responsables de la Mairie de Paris, dont le premier d'entre eux, Jacques Chirac. Quelques semaines avant le premier tour de l'élection présidentielle, trois personnes ont, dans la confidentialité des bureaux de la Brigade financière et des juges Armand Riberolles et Marc Brisset-Foucault, évoqué des retraits et des versements d'argent liquide au cabinet de l'ancien maire de Paris, Jacques Chirac, à la fin des années 90. Enquêtant sur les malversations au sein de la Sempap, l'ancienne imprimerie de la Ville de Paris, policiers et juges ont recueilli les confidences de plusieurs proches de Jacques Brats, ex-patron de la société d'économie mixte et fondateur d'un système de détournement de fonds publics qui aurait atteint près de 100 millions de francs entre 1986 et 1996. S'il n'était décédé en septembre 2001, Jacques Brats aurait sans doute pu être affublé du surnom de «mini-Méry» tant ses déclarations supposées s'apparentent à celles livrées dans le testament filmé de Jean-Claude Méry, l'ancienne cheville ouvrière du financement occulte du RPR.

«Soldat du maire».
Si Jacques Brats, un ancien parachutiste devenu homme d'affaires, a eu une influence plus modeste dans les coulisses du parti gaulliste, il avait noué quelques solides amitiés, dont celles avec Daniel Naftalski et Michel Roussin, deux des directeurs de cabinet de Jacques Chirac. «Brats se vantait à tout bout de champ d'être le soldat du maire et d'être aux ordres du Grand», a témoigné un fonctionnaire de la mairie. Les déclarations de cet homme, plutôt grande gueule et amateur de whisky Ballantines, méritent donc la circonspection. Cette prudence est pourtant perturbée par la triple confirmation apportée par des proches de Brats. Ainsi Pierre Milet, un des dirigeants du groupe de cosmétiques Clarins, a raconté qu'à l'occasion d'une campagne électorale Brats avait dû régler quelques fournisseurs en liquide : «Il [Brats] était allé dans le bureau de Roussin ou peut-être dans un autre bureau avec Roussin. Ce dernier a ouvert une armoire forte pleine de billets, lui disant de prendre ce dont il avait besoin.» La veuve de Jacques Brats s'est pour sa part souvenue de la confidence faite par son ancien époux, qui aurait apporté une valise d'argent liquide à Michel Roussin. «Il m'a indiqué que c'était normal et ne m'a pas présenté ce transport comme étant illicite», a-t-elle ajouté.

Pascal Verbeek, un homme d'affaires qui gérait depuis la Polynésie le recyclage des fonds détournés au sein de la Sempap, avait consigné dès 1994, comme l'a souligné le Canard enchaîné du 17 avril, ses souvenirs dans un document écrit : «Brats m'a évoqué à plusieurs reprises des transports de fonds occultes importants (5 millions de francs dans une mallette) pour le compte du RPR et au cours de différentes campagnes électorales.» Aucun de ces témoins n'a pu, en revanche, préciser l'origine ou la destination des fonds. La tâche des juges s'annonce rude, surtout dix ans après. Contacté hier par Libération, Me Pierre Haïk, l'avocat de Michel Roussin, n'a pas souhaité réagir.

«C'est bidon !»
Les témoignages de plusieurs personnes mises en examen laissent tout de même entrevoir l'origine de ces fonds. Pendant dix ans, le système de fausse facturation de la Sempap a représenté une gigantesque pompe à fric, fonctionnant sous l'oeil complaisant des plus hauts responsables de la Mairie de Paris. Jacques Chirac a lui-même diligenté, les 18 décembre 1988, 27 mars 1992 et 18 janvier 1995, trois missions de contrôle à l'Inspection générale. Ces rapports, remis au maire par Daniel Naftalski et Michel Roussin, sont restés lettre morte, en dépit des conclusions alarmistes des inspecteurs, qui écrivent au terme de leur deuxième mission : «C'est tout le système actuel de la Sempap qui doit être cassé.» «C'est bidon !», s'exclamait d'ailleurs Brats pour qualifier ces travaux.